J’ai longtemps hésité à écrire cet article, car j’ai toujours peur de donner l’impression que je veux inciter à un régime quelconque alors que soyons clair: ce n’est pas mon intention. Je souhaite témoigner à propos des raisons pour lesquels je suis grosse. C’est mon histoire, et je trouve important quand on a un peu d’audience de partager, car il y a énormément de préjugés sur les questions de l’obésité. L’obésité est multi-factoriel, et je vais vous expliquer mon histoire.

En Janvier 2019, juste avant mon arrivée à Lyon, j’ai arrêté la pilule après des années de pilule en continu: parce que tout le monde diabolise la prise d’hormone, et car on commençait à parler bébé avec mon mec.

J’ai toujours eu des cycles épouvantable : très espacé (jusqu’à plusieurs mois sans), aucune régularité, très douloureux, hémorragique. Je me disais qu’il faudrait du temps à mon corps avant de se remettre en place et que je prenais de l’avance sur la prochaine étape en mettant la machine en route. 

J’ai donc préparé mes cartons pour Lyon, et j’ai tout de suite regretté. Règles hémorragique, douleurs épouvantable, je me suis dit “ okay ça fait longtemps, ça va aller”


Au tout début, j’ai eu des cycles tous les mois, mais d’autres problèmes sont apparu:

  • hirsutisme : des poils ( beaucoup, des repousses très rapide et à des endroits par classique)
  •  des boutons (éruptions dans le dos sans comprendre)
  •  la peau du visage avec des kystes et ma rosacée sur les joues extrêmement virulente voir douloureuse
  • une perte de cheveux importante
  • des bouffées de chaleur
  • une prise de poids

 

Je me sentais si…SEXY.

J’avoue que je l’ai très mal vécu, et j’espérais que les choses s’arrangent, mais en Octobre 2019, je vais voir mon médecin et je lui explique que je commence à saturer de tout ces symptômes, et que je veux comprendre. Elle me demande de me peser et le chiffre sur la balance me fout vraiment une claque, grosso merdo: 10kgs de plus que ce que j’imaginais peser, sachant que j’avais évalué à la hausse dans ma tête histoire de me préparer mais pas suffisamment. C’est une vraie mauvaise nouvelle.

Je lui dis que je ne comprends pas, que je n’ai aucun trouble alimentaire, que je mange équilibré, que je ne bois presque jamais d’alcool, bref, que tout cela est…injuste. 

Je rentre et en marchant je commande une balance sur Amazon, puis je pleure en expliquant ça à mon mec. 

S’en sont suivi une sacrée dose d’examen médicaux pour vérifier beaucoup de choses: examen sanguin hormonal très complet, plusieurs IRM, echographie pelvienne…

Après de nombreux complément d’examen, je suis diagnostiquée SOPK (Syndrome des Ovaires Polykystique ) avec en prime un kyste de 7cms à l’ovaire droit + une très grosse résistance à l’insuline. Je consulte tour à tour : gynécologue, endocrinologue, nutritionniste, et je me lance dans une nouvelle alimentation.

NOUVELLE ALIMENTATION

Je sais qu’il est tabou de parler de régime mais je ne peux pas dire que j’ai simplement fait un « rééquilibrage alimentaire », car ce serait faux. Rééquilibrer son alimentation, ce n’est pas ce que j’ai du faire car je n’ai à la base pas une alimentation déséquilibrée, dans mon cas, pour imager et reprendre les propos de ma nutritionniste : “Vos hormones et votre résistance à l’insuline font que vous stockez énormément dès que vous mangez”.

Je passe donc ma vie comme une obsédée à chercher de l’information sur Google, je m’éduque donc sur l’alimentation à Indice Glycémique Bas, car j’ai tout intérêt à aider mon corps à gérer l’insuline le mieux possible en le challengeant le moins possible pour qu’il ne stocke pas.

La réalité : le moins de glucide possible, c’est à dire plus de pâtes, plus de riz, plus de pain, plus de pomme de terre, adieu les frites, plus de pizza, le moins d’aliment transformé bien entendu, et le moins de sucre raffiné possible. Valoriser les protéines, car les protéines ont un IG bas voir nul, notamment les protéines animales, viande/poisson etc. Je culpabilise car j’avais réduit beaucoup la viande pour des raisons éthique, mais concrètement je n’ai pas vraiment le choix, je ne peux pas supprimer les glucides + la viande et le poisson, je me fais une raison.

Je ne suis pas là pour vous donner une recette magique, car ce régime alimentaire correspond à des problèmes de santé et des résultats d’analyses précis et je le répète: c’est mon histoire, pas une incitation au régime. Je vous donne simplement des pistes et je vous invite à consulter comme je l’ai fait.

 En parallèle à ce chamboulement, je démarre ma formation pro, et je peux vous dire que c’est extrêmement difficile socialement de devoir réfléchir à tout ce que je mange car clairement il y a une forme de sevrage au sucre nécessaire, et de tenir face aux très nombreuses sollicitations que l’on a lorsqu’on a une vie social c’est compliqué. Mais je tiens bon.

 Je dis ça car j’ai été freelance pendant des années et que je n’avais pas vraiment connu les apéros-gouters-d’anniversaire-diner-de-Noel et compagnie….   Je fais évidemment des écarts, un par semaine, mais je les réserve au week-end avec mon mec et mes potes, histoire de kiffer un peu quand même.

Et puis le kyste à mon ovaire ne réduit pas, malgré que je reprenne la pilule et il faut prévoir l’opération car je saigne non-stop. Autant dire que je ne me sens pas au top à tout point de vue: je suis fatiguée, irritable, et je me sens pas franchement sexy.

 

Pourquoi j’ai souhaité perdre du poids?

Le poids affiché sur la balance était le plus élevé que j’ai eu de ma vie, et surtout il ne correspondait pas du tout à mon poids de forme ni à l’image que j’avais de moi. Je ne cherchais pas à devenir mince, je cherchais à sortir de l’obésité.

Le SOPK chez les femmes créé plusieurs problèmes, dont l’obésité, et si vous êtes obèse et SOPK cela augmente des risques, à savoir: 

  • Risque de diabète
  • Difficulté à concevoir un enfant puisque les cycles sont anarchiques (pas chez toutes les SOPK). Jusqu’à 3 mois sans mes règles cet été, cela signifie que je n’ovule pas, et quand on ovule pas, on ne conçoit pas d’enfant, ou plus précisément on ne sait pas quand on ovule donc cela complique la procréation

 

Pourquoi je vous en parle?

J’ai trouvé extrêmement peu d’information en français sur le SOPK en général et sur le régime alimentaire particulier à avoir dans ce cas pour stabiliser son poids. On a vraiment tendance à prendre le problème à l’envers : « tu es grosse donc tu n’as plus tes règles, c’est pour ça que tu es SOPK. «  Non. Dans mon cas, j’ai été réglée à 11 ans, et j’avais des périodes sans rien. Je me rappelle d’un été ado où j’ai pris presque 15 kilos… sans comprendre. A 15 ans je n’avais jamais mes règles et j’ai pris la pilule pour un problème hormonale annexe (j’avais du lait dans les seins, youpi), et je n’étais pas obèse mais en surpoids seulement à cette époque, alors que j’étais plutôt sportive et que ma mère surveillait énormément ma nourriture.

J’ai grossi à plusieurs période de ma vie et rétrospectivement, à chaque fois que j’ai arrêté la pilule, j’ai pris beaucoup de poids. La dernière fois que c’était arrivé de manière significative c’était en 2012, j’avais pris 10kgs, puis j’avais fait un régime sans gluten et plutôt protéiné, et en effet j’avais maintenu mon poids quelques temps, car sans le savoir, j’avais une alimentation à IG bas.

Puis j’ai ré-introduit plus de glucide… la vie quoi, j’ai simplement ré-introduit des aliments normaux. D’ailleurs, mon problème c’est la rapidité à laquelle je grossis dès que je sors du rang, c’est assez dingue, je gonfle littéralement.

Aussi, j’en ai vraiment ma claque d’entendre des conneries sur l’obésité, et je sais qu’on parle de plus en plus des personnes qui ont des troubles alimentaires, certaine de mes amies blogueuses en parlent, et je trouve que c’est très bien, mais j’ai vraiment de la peine à trouver des témoignages de personnes qui comme moi ont un problème hormonale, qui a mis énormément de temps à être diagnostiqué. J’ai 30 ans, ca fait des années que je suis obèse, mais je sais seulement maintenant pourquoi. 

Je ne sais pas comment vous expliquer le mépris que j’ai longtemps ressenti quand je donnais des explications sur l’alimentation, à des gens plus mince que moi qui mangeaient n’importe comment, (et ils ont de la chance de se le permettre), le mépris qui dit “Mais si tu savais vraiment, tu ne serais pas grosse” 

La suspicion aussi : « tu manges en cachette, ce n’est pas possible, tu fais semblant ». J’aurais d’ailleurs pu facilement tomber dans les TCA, c’est en m’éloignant de ma famille proche et de sa pression que j’ai évité cela.

C’est vrai, durant des années je me suis demandée “Mais pourquoi je suis grosse?”, les gens avec qui je vivais (colocation, amoureux) me disaient “mais en fait tu ne manges pas énormément, je mange beaucoup plus que toi” quand je leur disais de finir ma part où que je n’avais plus très faim, c’était l’incompréhension, et moi je me disais “ j’ai un organisme de merde, je suis obligée de faire attention plus que les autres”, c’était vrai quelque part, mais définitivement ne pas comprendre de manière globale ce qu’il se passait dans mon corps, c’était vraiment terrible car je n’avais aucune façon de stabiliser.

Et maintenant que je sais que je suis SOPK

A ce jour, j’ai perdu 16 kilos. Je ne vous cache pas que le confinement (coucou le coronavirus) me fait flipper un peu sur ce sujet, car j’avais enfin l’autorisation après mon opération de reprendre le sport.

Mon objectif est de retrouver mon poids de forme et de sortir de l’obésité, je suis à quelques kilos d’y arriver. Et l’objectif surtout c’est de maintenir ce poids, car le SOPK est toujours là, et qu’il demande une rigueur dans l’alimentation. Je reste une meuf qui grossit en regardant un gâteau, je n’ai pas envie de me pourrir la vie avec ça et j’ai très peur de tomber dans les troubles du comportement alimentaire, c’est pour ça que j’ai hâte de reprendre des activités physique (et donc que le confinement me fait un peu flipper) pour avoir un peu plus de flexibilité.

Avoir un enfant avec le SOPK

Je suis de nouveau sous pilule, car il n’y a pas de traitement contre le SOPK, et que la prise d’hormone stabilise mon propre dérèglement. En revanche j’ai un traitement pour aider ma résistance à l’insuline. Le jour où nous essayerons de faire un enfant, il faudra profiter de la “fenêtre” de quelques mois avant que mes troubles se ré-installent. J’ai peur que cela ne suffise pas, j’ai peur que mes efforts s’envolent, donc pour le moment il n’en est pas question avant au moins un an, j’ai trop morflé dans mon corps pour le moment, et je ne suis pas prête émotionnellement à devoir passer par un parcours FIV comme beaucoup de SOPK si jamais cela ne suffit pas. D’ailleurs avec ce qui se passe dans le monde, je n’arrive pas à imaginer la venue d’un enfant mais c’est encore autre chose….

J’en profite d’ailleurs pour dire ceci : cessez de demander aux femmes quand elles feront un enfant. Cela suffit. Personnellement nous n’avons pas encore essayé, mais connaissant mes troubles hormonaux, ce sujet est extrêmement sensible, il est très difficile de ne pas sentir de culpabilité.

J’espère que vous aurez bien accueilli cet article qui est loin d’être simple pour moi à vous délivrer, j’espère que vous serez bienveillant(e) avec moi, et que vous aurez pris cet article pour ce qu’il est : un témoignage et certainement pas une injonction à maigrir. Prenez soin de vous, et si vous sentez que votre corps ne fonctionne pas comme il devrait : consulter des médecins, et insistez s’il le faut.

Cordialement, bisou

Rachel

Me suivre : @rachelsaddedine

Quelques liens pour mieux comprendre:

 

SOPK

A propos du régime IG bas