3 septembre 2017 Rachel Saddedine

Etre créatif en 2017, c’est encore possible?

Merci.

Je reviens par ici, d’abord pour vous remercier d’avoir été si nombreuses à témoigner autours du même type de soucis que les miens et à me raconter votre histoire, souvent douloureuse, intime, avec pour point communs le sentiment de honte.

C’est la honte qui nous agrippe lorsque l’on vit avec une maladie invisible, avec des symptômes que l’on ne comprends pas

J’ai dit que je n’étais pas Wonder Woman, et quand j’y pense je me trompe. 

Je vous invite à prendre une grande inspiration, et à vous remplir d’un sentiment de fierté de continuer à vous accomplir chaque jour

J’avais peur d’ennuyer, d’encombrer, de disparaître, d’être dans une case, sentiment contradictoire et paradoxal, et peut être que pour certains dans mon entourage proche ou moins, c’est le cas, mais j’ai encore reçu un message tout à l’heure qui m’a fait penser que j’avais vraiment-vraiment- bien fait. Beaucoup de femmes m’ont dit qu’elles me remerciaient de parler en leur nom, d’ouvrir la discussion sur ces sujets souvent touchy et tabou.  

Les réseaux sociaux, les créatifs

J’avais envie de revenir sur les réseaux sociaux et l’impression de vie géniale qu’ils donnent des influenceurs, ou de vos “connaissances” simplement.

Je vais prendre un exemple que je connais très bien: dans mon métier de photographe, le milieu est peuplé de personnes dont la vie à l’air incroyable et dont le quotidiens est pourtant bien différent en réalité.

Un exemple qui pourrait sembler sorti d’une série US : Pamela est l’une de ses jeunes femmes de la mode brillante et ambitieuse, comme “les gens de la mode”, travaille avec des marques de luxe chaque jour, on la retrouve dans des Ubers à snaper les shoppings à récupérer pour un shooting avec une célébrité, surbookées, dans des grands studios Parisiens immaculé de blanc, des équipes de folie, pour de beaux magazines… du beau monde, quand ils sont stagiaire, ne sont pas payés, et vivent du RSA chez leurs parents.

J’en connais.

Je ne les blâme absolument pas. C’est évident mais je le dis quand même, on ne sait jamais que ca ne porte pas à confusion.

Derrière les écrans, les “gens de la mode”, ou les “gens de l’image” sont les premiers à savoir mettre en scène leur vie, c’est l’essence du job de créa de mettre en scène, peu importe son activité, on doit avoir l’air, et pourtant, il y a des mois “sans” où on s’appelle en mode “Tu bosses toi?” “Putain tout mes devis reviennent négatifs?”, “Pourquoi XYZ a fait cette putain de campagne et pas moi?”

Cette année, j’ai appris que de très bon photographes acceptaient des Lookbooks pour 300Euros. Je sais que les tarifs font débats, et je n’ai pas le temps ici de développer ça, je pourrais le faire au sein d’un autre article si ça vous dit, mais dans notre métier, il faudrait ajouter un zéro à ce type de prestation, ou en tout cas passer à du 3 chiffres. Ils acceptaient parce que c’était super-dur comme période.

Des copines mannequins sont au standards téléphoniques de grandes entreprises dans les périodes creuses, des musiciens avec 20 ans d’expériences font de la manutention quand les cachets ne tombent pas, ou des chanteuses acceptent de bosser gratos au Club Med…

C’est la putain de passion qui animent tous ces chevronnés, et l’image d’eux-même avec eux-même n’est pourtant pas souvent la plus glorieuse, un vrai problème d’ailleurs, parce que ces années de galères, pour une réussite qui sera toujours soumise à l’avis du public (coucou Jean Pierre), de la cousine, des parents qui “Tu veux pas faire un vrai métier?”, c’est bancale… mais ça jette des paillettes dans la gueule de leurs followers sur Instagram, et ça sombre dans la dépression.

Il y a des gens qui en vivent très bien quand ils se font une place, ils sont une poignées, mais oui on peut en vivre sans être le maquilleur de Kim K, d’autres ont des jobs à côtés, des gens sont heureux aussi, mais jamais vous n’entendrez parler de la réalité de leurs jobs, parce qu’ils ont tous peur.

Peur de ne pas être rappelé, peur de ne pas être accepté dans ce milieu, de ne pas renvoyer la bonne image, et comme disent les jeunes “c’est malaisant” à force de montrer une fausse-réalité-arrangée.

Alors on continue à faire un selfie souriant à la fin d’un job même si le client a été odieux, même si on est pas payés ou bien dans 3 mois si on a de la chance quand on se sera battu avec la compta qui n’a pas reçu notre facture ré-envoyée 8 fois. On sort des images qu’on aime pas vraiment, parce que machin-truc a choisi, que ca n’a pas été validé par quelqu’un qu’on a jamais vu, et qu’aujourd’hui un edito pour un magazine c’est une équipe qui s’auto-produit pour faire des belles images… en collaborant gracieusement avec des marques qui ne veulent pas qu’on mélange leurs fringues avec la concurrence et veulent une page de pub gratuite en plus parce qu’ils sont “annonceurs” du support en question.

Un casse-tête chinois.

J’disais il y a pas longtemps à une amie “J’aimerais bien avoir un blog anonyme pour parler de tout ça”, mais en réalité je m’en fiche un peu aujourd’hui.

Il y a aussi ET HEUREUSEMENT, des clients avec qui les choses se passent bien, des gens qui nous prennent pour ce qu’on sait faire et ce qu’on aime faire, mais ils sont rares, alors que ca devrait être la norme. C’est amusant parce que pour le coup, à mon échelle dans le domaine du blogging, on m’a pour le moment laissé assez libre.

Je comprends qu’il y ai des contraintes comme dans tout les métiers, mais les cahier des charges qui changent le lundi, mardi, mercredi, et parfois même après le job parce que “Finalement, on va pas garder tout ces looks… “/ “ Mais vous les aimiez pourtant le jour J? “ “Oui mais les financiers n’approuvent pas et il y en a un qui n’aiment pas trop la mannequin.”

OKAAAAY.

C’est pas comme s’il y avait eu 10 validations dans l’eco-système de la boîte pour laquelle on bosse.

Ca fait partie du game en 2017.

Quand j’ai commencé c’était différent, et je crois que les réseaux sociaux n’arrangent rien.

Le lien de cause à effet : la concurrence, la multiplication des moyens, le bénéfice au clic et donc l’image la plus vendeuse, les statistiques, la sensation de “tendance” à suivre…

Les auteurs, artistes, créa, blogueurs, youtubeurs en parlent tous d’une manière différentes…

 

Et la créativité dans tout ça? C’est encore possible?

Illustration: ici

 

Rachel

Rachel Saddedine

RACHEL SADDEDINE Photographe de mode, portrait et beauté, depuis 10 ans. Je travaille en France, sur Lyon, Paris et partout où les projets me mènent. Je suis passionnée de mode éthique, de décoration, vintage, seconde main.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.