Bavardage

Pourquoi je ne travaille pas gratuitement? Différence entre commande et collaboration.

Ce matin sur ma story instagram, j’ai fait une petite mise au point sur quelque chose qui devient de plus en plus récurent : les demandes de shooting gratuits.

Je m’explique: je comprends que vous puissiez poser la question, même si quand même je suis professionnelle et que le travail se rémunère, mais ce qui m’agace le plus, ce sont les longs messages de compliments opportunistes pour enfin arriver à la question fatidique du « Tu me prends en photo gratos? » auxquels je réponds poliment que je ne travaille pas gratuitement, et qui finissent par, au mieux un « ok. » expéditif, ambiance « je n’ai pas eu ce que je voulais je suis vexée » ou par une non-réponse, parce que « merde elle est pas intéressée par mon profil incroyable » c’est ce que je suppose en tout cas quand je réponds poliment et qu’on ne réponds plus ensuite.

Alors, je ne sais pas encore comment je vais structurer ma pensée sur ce post de blog qui me laissent beaucoup plus de caractère pour exposer l’étendu du problème qu’une story insta, mais je vais faire de mon mieux pour rendre l’ensemble digeste.

Pourquoi je parle de ça? Parce qu’on va aborder deux choses qui s’entre-mêlent: 

Le savoir vivre et le respect du temps de l’autre.

Photographe est un métier. Tout les photographes n’en font pas un métier. Certains sont donc amateur, c’est à dire qu’ils ne vivent pas de cette activité, d’autres sont semi-pros, c’est à dire qu’ils ont une autre activité annexe, et moi je suis actuellement dans la case « pro » uniquement, celle qui vit uniquement de ses photos ( et un peu du blog de temps en temps, mais je dirais que c’est très lié car ça consiste beaucoup à réaliser des images!) 

Comme chaque métier, et d’autant plus les métiers d’indépendant, nous sommes soumis à de nombreuses obligations, et contrairement à ce que semble penser une partie des gens, non, on ne fait pas que cliquer sur des boutons d’appareil photo et être dans son canapé.


ECHANGER DANS UN CLIMAT DE BIENVEILLANCE ET D’HONNÊTÉ

La prestation démarre finalement un peu au moment où vous commencez un échange avec un prestataire. A cette étape ça ne vous engage pas évidemment. Quand vous posez des questions, que l’on vous explique notre manière de travailler, communique nos tarifs, les expliques… ça peut durer 30 min, comme 3h si c’est un devis pour une entreprise et que cela demande donc des précisions, sur le temps de travail, les délais, l’utilisation, les droits d’auteurs… 

Ce travail n’est PAS RÉMUNÉRÉ.

Lorsque je réponds à vos questions, je travaille pour travailler, mais personne ne me rémunère pour le faire, pour autant cela fait partie intégrante de mon travail.

Si vous décidez que vous ne souhaitez pas que l’on travaille ensemble, ce temps est perdu. Ca fait parti du jeux bien sur et il n’y a pas de soucis avec ça, même s’il y a des abus dont je parlerais une autre fois, mais j’aimerais que l’on ai conscience de cela avant de poser 1000 questions quand on sait qu’on a pas de budget.

Si la prestation se mets en route, alors la plupart du temps, je dois bloquer une date, des heures, parfois d’autres personnes (maquilleuse, coiffeuse, studio…), je réalise alors un devis, un contrat, et… je demande un acompte: POURQUOI?

Parce que je vous réserve ce temps, pour votre projet, et que si une personne demande ce créneaux, je ne peux pas réaliser la prestation. Une fois un acompte réceptionné, il m’engage et vous engage à être présent le JOUR J pour réaliser la prestation. Si le jour J vous ne venez pas, l’acompte est conservé comme dédommagement du temps perdu. Si vous arrivez très/trop en retard, je peux annuler la prestation aussi, car cela mets en péril la réalisation et donc le résultat du shooting.Si vous me prevenez suffisamment à l’avance, nous pouvons décaler 1 fois la prestation avec le même acompte. 

La veille? A moins d’un vrai problème ( vous vous cassez la jambe, vous avez un problème urgent, une fuite d’eau, que sais-je), et si j’estime que ça n’a pas occasionné de soucis dans mon planning, et que votre message ou votre appel me semble sincère, je PEUX décaler le shooting, mais je ne rembourse pas, et je ne suis pas obligée de le faire légalement car c’est dans mes conditions de vente. 

Il est arrivé encore récemment à un ami photographe de mariage de se faire annuler LA VEILLE du shooting, pour un mariage, et il n’avait pas demandé d’acompte, je pense qu’il s’en mords les doigts! (coucou David!)

Evidemment, si c’est moi qui vous annule, ou qui décale ( dans un temps raisonnable), je vous propose une nouvelle date ou un remboursement de l’acompte, parfois je propose des photos offerte pour me faire pardonner sur la prestation suivante, je ne suis pas obligée, mais je trouve que c’est un geste qui prouve ma bonne foi.


Je vais maintenant aborder deux choses importantes:

La différence entre «  COMMANDE » ET « COLLABORATION »


LA COMMANDE 

Vous souhaitez réaliser une séance pour vous, votre mère, votre book, votre artiste, votre marque/e-shop,des portraits dans votre agence, vous avez une idée de votre besoin, du nombre de photos, et vous avez envie de plutôt « mon travail en studio colorés », « Quelque chose moderne mais pas non plus trop fou-fou un peu comme ta série pour XYZ » , «  des images lifestyles pour le brand content de la marque XYZ », «  des portraits pro pour mon Linkedin… » «  des photos de couple pour célébrer notre union »

Le point commun à tout ces exemples: un cahier des charges définis. Vous pouvez me laisser vous suggérer des idées, je fais aussi de la direction artistique et du conseil, venir aussi juste avec l’idée de belles photos de vous et me laisser vous proposer de la couleur, du noir& blanc ou je ne sais quoi d’autres et vous proposer des looks, mais le point communs, c’est que vous venez me chercher pour faire quelque chose POUR VOUS.

Une commande? Ca se rémunère. C’est une prestation de service, exactement comme quand vous allez chez votre coiffeur pour lui demander «  un balayage, une coupe, et un brushing » ou bien quand vous faites faire sur mesure une robe pour une occasion spécial.

J’ai choisis deux exemples distincts pour vous donner les étapes une à une:

Réaliser un book

 

 Pour une séance photo portrait, type book pour 8 photos finales, je dirais que les échanges avant le shooting me prennent entre 20 min et 1h par mail ou téléphone, le jour J je réserve 3h, le tri de base me prends 1H en moyenne, puis je reviens dessus pour réaliser les retouches photos en elle-meme en moyenne 15 min par photos donc 2h. S’ensuive l’envoi des images, e-mails de remerciement et quelques échanges la plupart du temps. J’estime être assez rapide car je suis expérimentée.

 

 

 

Réaliser un lookbook ( ou autres contenu « mode »)

Les échanges, le déplacement en rendez-vous, ou téléphonique pour définir le projet, peut prendre entre 1h et 5h . La Réalisation d’un devis approfondi: 3H, le retour sur le devis pour affiner suite au retour du client: 30 min à 1H. La validation du devis ( on va dire qu’on est optimiste et qu’il l’accepte)

Réalisation d’un moodboard plus précis. Parfois il est demandé pour le premier rendez-vous, ce qui représente donc 3H à… 2 jours, et oui, il m’est arrivée de faire des moodboards de 25 pages avec un story telling et d’avoir 3 RDVs pour 1 shooting de 2 jours, avec les rdvs à l’opposé de chez moi, présentation aux clients et tout le tintouim, avant même de signer un devis, ou d’obtenir un acompte.

Sans compter que de plus en plus, on demande au photographe de réaliser la production: booking d’équipe, castings, recherche de lieux, on peut ajouter une journée pour ça… La veille on vérifie son matériel, on vérifie que tout le monde est vivant, envoi d’une feuille de route avec les détails en général.

Jour du shooting ( un jour je développerais mais pas aujourd’hui) Lendemain du shooting: On décharge les photos si on a pas shooté en direct, on commence à faire un tri, je retouche rarement dans la foulée.

Selon le client, on envoie une pré-selection en basse définition, et on attends son retour ou on attaque si on a fait la selection en direct.

Après retour du client (souvent plusieurs aller-retour): Retouche photo ( 1 à 3 jours)

Et… si le client est un connard, on attends 3 mois ( jusqu’à 8 mois une fois, et 3 impayés à ce jour) en se battant pour se faire payer par la comptabilité. Si le client est normal, on reçoit son règlement à la livraison des images + 1 semaine. Pour les shootings en dessous d’un certain tarifs je demande le règlement le jour J, tout ça est évidemment inscrit.


 LE PRIX

Abordons un sujet qui fâche. Si le prix ne te convient pas, c’est que je ne suis pas le professionnel qu’il te faut, et non pas que je suis trop cher.

Pourquoi je dis ça? Parce que fixer ses tarifs est un casse tête chinois, et que je ne supporte pas d’entendre que c’est cher (surtout que je reste accessible mais même si je ne l’étais pas)

La photo est un produit de luxe, et non de première nécessité. Personnellement, je n’ai pas le dernier Iphone, je n’ai aucun sac de luxe, et si je m’offre un restaurant gastronomique je sais ce que je paye: quelqu’un de très qualifié avec des prix, et je ne remets pas en cause l’addition.

Je considère que souvent je n’en ai pas besoin, ni envie des objets de luxe ou expérience similaire. J’aurais sans doute put m’en payer plus souvent, mais je fais autre chose de mon argent, alors non, ce sac n’est pas hors de prix, par contre je n’ai pas les moyens de me l’offrir, ou pas envie de dépenser cet argent dans ce type de prestation.  Je ne viendrais pas me plaindre si la hanse de mon sac H&M pète en 1 mois.

Quand je me paye un massage à 100euros dans un établissement de luxe, c’est un plaisir que je m’offre, personne n’est obligé d’en faire autant et je pense que la photo c’est une expérience personnelle, ou un besoin commercial, ce qui implique un investissement pour faire un retour sur investissement. C’est un gage de sérieux, et une manière de vous vendre mieux, vous ou votre produits:  plus cher, ou susciter plus d’envie et déclencher l’achat.

Il n’y a AUCUNE grille tarifaire précise car lorsque vous faites appel à un pro, il définit ses prix librement en fonction de son expertise, son expérience, ses frais ( A-t-il un studio, son statut fiscale, et ses charges, a-il des employés? Assistant? Sa localisation? …) Je dirais qu’une séance photo peut commencer à 150Euros pour un débutant pour quelques portraits comme à 500E pour « les mêmes photos » 

Evidemment il y a les « prix du marché », et on « sait à peu près » combien valent les prestations classique comme les books, les e-shops, mais cela va tout de même se constituer autours de l’expérience du photographe. Un débutant ne va pas facturer la même chose qu’un photographe expert depuis 10 ans, c’est la même chose qu’un débutant et quelqu’un qui a 10 ans de boîte, ils n’ont pas le même salaire.

Dans la publicité et la presse il y a des grilles tarifaires de L’UPC ( Union des Photographes Créateurs ) mais ça concerne surtout les magazines, la pub,la presse pour la vente des droits d’auteurs d’une image déjà réalisée, et c’est plus une base qu’un véritable outils, ça reste toujours assez flou à définir.


LA COLLABORATION

Je prends la collaboration du point de vue du photographe et celle qui m’est la plus courante. Ceci est propre à ma façon de travailler, elle peut varier selon l’expérience ou le feeling, quand j’ai commencé, mes collaborations étaient plus «larges» car j’avais BESOIN de faire des images, donc j’étais plus souple. Par exemple, j’ai fait des «test agences» non-rémunéré car je n’avais pas ce type d’images dans mon book, ça ne m’arrive plus, ou alors si j’ai une « bombe atomique » ( je précise que c’est basé sur ma propre définition qui elle aussi varie d’une personne à une autre et pour ma part, non, ce n’est pas basé sur des critères de mensuration chez moi) qui me contacte, qu’elle m’inspire quelque chose et que j’ai du temps devant moi pour m’y pencher.

Sinon, une collaboration, dans mon cas, c’est un projet. Un projet, ça commence par une idée  « je ferais bien une série autours des fleurs blanche » ou bien, « j’aimerais bien une série avec une fille très androgyne en noir & blanc, très brute à la Lindberg».

A partir de cette idée, je construis un projet, je monte ce qu’on appelle un « moodboard », c’est à dire que je cherche des inspirations pour coller à mon idée, je pourrais éventuellement vous montrer à quoi ça ressemble pour une prochaine série, puis je cherche des personnes qui collent à mon idée pour leur proposer le moodboard pour monter une équipe. Je contacte des agences de mannequins/comédiens selon le projet, je parle avec des maquilleuses avec qui j’aime travailler habituellement pour savoir si le projet les tente, je contacte des stylistes, et une fois que l’équipe se précise, nous affinons chaque point: make-up, lieux, vêtements, choix de la mannequin, nombre d’images, mots clefs pour la série ( = joie, sombre, mélancolie…) pour que chacun comprenne bien mon idée et y adhère.

D’autres photographes ont des séries à long terme sur des thèmes et les complètent par des collaborations régulières.

Une série personnelle, donc dans mon cas pour les collaborations, c’est entre 1 et 2 jours de mise en place (moodboard, recherche des équipes, planification, coup de téléphone,échange de mails…), 1 jour de prise de vue, et 2 jours de retouche/tri voir davantage selon le projet, sa complexité. C’est donc grosso-merdo, une semaine de travail gratuit entre gens qualifiés, c’est donc pour ça que ce n’est pas possible d’en réaliser tout les 4 matins, car évidemment, c’est du temps passé sur du temps à prospecter et travailler. Et je vous la fais assez courte car il y a beaucoup de nuance selon les projets.

Pour autant: c’est nécessaire pour se tester, progresser, avancer, affiner son oeil et se faire du bien avec des projets sur lesquels on est libre. J’INSISTE SUR CE MOT: LIBRE! 

C’est aussi pour cela que c’est réalisé avec des gens ayant de l’expérience, car on ne peut pas bloquer une semaine de son temps pour shooter une personne qui n’a pas d’expérience et risque de nous faire planter une série, tout comme je ne peux pas prendre le risque de tester une maquilleuse que je ne connais pas ou n’ayant pas de books confirmé, qui ne m’est pas recommandé, ou qui a simplement une technique qui ne corresponds pas à mes critères.


Je n’ai avec tout ce que j’ai abordé sur ce post, pas parlé du temps à communiquer sur son travail, que ce soit sur les réseaux sociaux, en soirée « networking », en publicité sponsorisée, achat de carte de visite, mise à jour de ses sites internet, paiement des plateformes d’hébergements + nom de domaines, rédaction éventuels d’article sur ses prestations, interview, travail sur ses tarifs, vol de ses images, et prospection pour se présenter à de nouvelles personnes… 

Enfin, je pourrais aussi vous parler de « comment choisir son photographe »? Est-ce que cela vous tente?

J’avais envie de parler de mon parcours aussi, avec des images de mes débuts etc, pour montrer que tout ce que vous voyez n’arrive pas en un claquement de doigts et que c’est beaucoup de temps personnel, mais je pense que ce pavé vous aura suffit pour aujourd’hui, je vous remercie de m’avoir lu. N’hésitez pas à partager mon article auprès de vos amis, pour mieux comprendre les tenants et aboutissants de ce métier de photographe. Evidemment il est le fruit de mon expérience et je ne présume pas de tout savoir ou tout connaître, il est à adapter aux compétences et méthode de travail de chacun ! 

 

Cordialement, bisous

Rachel

www.rachelsaddedine.com + www.rachelsaddedine.com/blog + http://instagram.com/rachelsaddedine

À propos de l’auteur

RACHEL SADDEDINE
Photographe, je suis également à la communication de la marque Maline Bodywear.
Je suis passionnée de mode éthique, de décoration, vintage, seconde main. Je partage ici avec vous mes coups de coeur !

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