Prose

Mirage

Tu sais le vent glisser dans ta nuque, la brise tapotant tes joues rosies par leur frappe d’apparence délicate.

Tu sais le soleil griller tes cellules, ton épiderme dont tu n’as que faire, et le tournis de ton cerveau en surchauffe t’aveugler lentement.

Tu sens le cailloux rouler dans ta chaussure. Tu sais les chemins sinueux et ses lianes douces t’attraper les chevilles, le béton t’enrouler les jambes. C’est étrange, parce que parfois, cette boue compacte, mouvante, avaleuse t’agrippe au milieu d’une route à l’allure commode.

Il y a des passants valides tout autour de toi, et tu tentes d’invoquer leur aide.

Tu pleures.

Ils n’ont pas l’air dérangés par le spectacle. Chacun vaque à son réseaux. Chacun s’embrase des sons encourageant de ses écouteurs.

Ton chaos ne les intéresse pas.

D’autres un peu plus abîmés semblent peiner à avancer vers les passages piétons.

Comme toi.

Vous vous fixez longuement, et votre sourire un peu triste s’effiloche à mesure que la confiance vous gagne, vous vous fixez longuement, comme pour vous dire que l’équipement qu’on vous a donné était un peu trop light pour ce genre de parcours.

Le sol semble vous délivrer. Un miracle sans doute.

 Il faudra tenir bon pour la suite, alors l’un des éclopés, le plus expérimenté, servira de guide, il vous annoncera tout les pièges. Un trou par ici. Une terrible et fantastique falaise par là. Le plus dangereux: un mirage.

Une équipe de guerrier s’est formées, c’est avec les équipements de chacun que l’on constitue une artillerie lourde. Les regards, les gestes et les mots se mélangent, comme une nouvelle langue étrangère qu’on aurait apprise dans un rêve et qu’on maîtriserait au réveil.

Une main tendue, une larme, un conseil avisé, et peu à peu les éclopés s’imprègnent du sentiment victorieux qui les avaient abandonnés dans ce chemin sinueux, ce chemin criblés de lianes, ce chemin en béton. Les jours, les semaines, les mois ont passés, et bientôt le panneau qu’ils attendaient pour Le Bonheur apparait à leurs yeux. Le guide est formel, ce n’est pas un mirage.

On raconte qu’à leur arrivé, on aurait donné à cette équipe de braves Homme, le nom Amour et que chacun est libre de l’apprivoiser pour se libérer de ses fardeaux.

 

 

 


Mirage. Juillet 2015. Rachel Saddedine

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4 Comments

  • Reply
    Mélissandre L.
    24 juillet 2015 at 21 h 17 min

    Tu as une bouche, tu as un oeil, tu as une aussi une plume, décidément wow !

    • Reply
      Rachel Saddedine
      24 juillet 2015 at 21 h 27 min

      Merci pour tes encouragements! J’ai hâte de te lire!

  • Reply
    Hélène Guyon
    24 juillet 2015 at 22 h 41 min

    Rachel, ce texte te ressemble tellement. Il a ta sensibilité et ton énergie, ta force et ta pudeur, ta passion et ta vulnérabilité. Et puis, il a ta beauté. Merci
    pour le partage <3

    • Reply
      Rachel Saddedine
      3 août 2015 at 16 h 36 min

      je découvre ton commentaire! milles merci ma douce hélène <3

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