Bavardage!,Prose

Indigestion Post Fête de Famille

Alors que j’étais fière comme un paon de me taper un aller-retour en bus, Paris-Province / Province-Paris pour 30 balles, avec des prises et le Wi-fi, j’ai découvert que ma giga bonne idée s’était faite la malle puisque j’avais en réalité pris des billets Province-Paris / Paris-Province. Dernier fail de 2016?

De Bercy, ai donc vagabondé , trainant une valise, trop lourde pour le temps imparti à ce voyage très court, ne sais toujours pas choisir entre une combi, un jean et une robe pull, jusqu’à Gare du Nord, où ai vu s’exploser un colis suspect, devant la foule en délire, le délire, ça j’invente, ai d’ailleurs trouvé les gens plutôt patients pour un 23 décembre en heure de pointe, ai fait semblant de ne pas entendre les « Hey Mad’moiselle » en pretextant un « Sorry i’m late » avec un accent coupé au couteau, la rousseur aidant je passe pour une étrangère assez facilement.

Suis finalement entrée dans un Starbuck, ai commandé un « Café Latté Grande Caramel avec un donutsauchocolat s’ilvousplait », ai exigé de récupérer le Donuts qui manquait à ma commande, la dame m’a engueulé, m’a questionné, fatiguée et vexée, je lui ai dit de le garder, j’avais envie d’être vulgaire mais me suis abstenue. Elle a envoyé l’une des serveuses me courir après pour me l’offrir, elle a insisté, ai enfourné le dit-Donuts qui ne me disait plus rien dans mon sac à dos.

Ai trouvé une table avec une place libre près d’un jeune couple dont le mec lisait une revue dans laquelle j’ai découvert qu’une de mes photos de Nadia Roz était publiée.

La mine déconfite, et sans doute un peu rouge, le couple m’a demandé si ça allait. Ai répondu un lasse « Rude journée, mais c’est rigolo cette photo c’est moi qui l’ai faite », ai récupéré ainsi les félicitations, non pas du conseil de classe, mais du jeune couple en question, ai appelé La Belle-mère pour expliquer mes péripéties et annoncer ma nouvelle heure d’arrivé, ai retraversé la Gare du Nord en direction des trains grande ligne, n’ai pas trouvé de S.D.F. à qui filer le Donut’s, qui après vérification sur le ticket de caisse, n’avait effectivement pas été comptabilisé dans ma commande, ai finalement posé mon cul pour 66 balles, entre deux rames en compagnie de nombreux rescapé de la Sncf dont une quinquas qui chantait à haute voix, ai enfoncé mes écouteurs et mis en boucle l’album d’Eux, de Céline Dion, ai regretté de ne pas avoir mis hors-ligne sur Netflix le film de Noel débile prévu pour le voyage. Ai été récupéré par Le Père et La Belle mère dans nouvelle voiture d’occasion qu’ils essaient déjà de revendre, ai chanté du Cabrel et du William Sheller pour détendre l’atmosphère-est-ce-que-j’ai-une-gueule-d’atmosphère, ai raconté dans la cuisine à mes frères aux fourneaux, les péripéties sus-cités, ai discuté de ma futur nouvelle maison et du bail signé dans l’Hôpital Américain de Neuilly parce que la mère de notre agent passait un IRM.

Puis, ai accusé réception de la remarque qui m’a irrémédiablement donné envie d’à la fois d’hurler au scandale, de faire demi-tour et prendre le premier train pour Paris, et d’utiliser à foison les mots misogynie, sexisme, et surtout patriarcat:

« Ton père trouve ta tenue indécente »

Je vais devoir faire un truc, qui selon moi est autant le problème que la solution, c’est à dire décrire ma tenue: un collant rouille opaque, un short dans les mêmes tons, des baskets, un énorme pull rose informe H&M, et un gros manteau Oversize. L’un de mes frères quant à lui m’a dit «  T’as l’air plus jeune que la dernière fois que je t’ai vu! » ce à quoi j’ai retorqué «Parce que je suis habillée comme une ado? » et il a ri. Oui pour voyager, je m’habille comme une ado.

Quand on sait que l’une des premières questions suite à une agression sexuelle est « Comment était-elle habillée? » j’ai envie de taper du poing sur la table (et ça fait mal) et de casser des choses sur le sol (et c’est dangereux)

Je pense que j’ai une vision toute particulière de la liberté des femmes, sans rentrer dans tout les détails, j’ai une psy que je paye assez cher pour ça, j’ai vécu avec une mère perverse narcissique qui m’a coupée de mon père et du reste de ma famille vers 11-12 ans. Cette « coupure » s’est éternisée jusqu’à mes 23 ans, alors même qu’elle m’avait mise à la porte à mes 18 ans (et une semaine, histoire d’être précise).

La conséquence première de cette situation familiale: je ne supporte pas l’autorité familiale quel qu’elle soit, car elle me semble tout à fait injustifiée.

Je me suis faite toute seule et je n’ai pas sombré dans la drogue, le proxénétisme, l’alcool, ou le trafic d’organe. En fait, je trouve que je m’en sors vraiment pas mal.

Je supporte très mal les traditions, je déteste Noel, je déteste l’hypocrisie autours des tablées qui ne prennent quasi-jamais des nouvelles le reste du temps, je déteste ces sujets qui fâchent, l’an dernier un de mes frères s’est pris une tollée car il disait qu’en couple, s’il le pouvait, il prendrait lui-même une contraception car il ne voyait pas pourquoi ce serait aux femmes d’avoir cette responsabilité, un de mes oncles est parti en cacahuète à cette annonce, que j’ai défendu, fier de mon frère de 18 ans, déjà si mur. Je déteste ces moments où je parle d’un voyage que j’ai fait avec mon mec et voir mon père se désintéresser de la situation immédiatement parce que sa fille est largement en âge de baiser mais qu’il n’a aucune envie de se projeter dans ça, même si ça fait 2 ans et demi que je baise le même mec et que sans un rapport sexuel je ne serais moi-même pas autours de la dite-table. Je déteste devoir cacher mes tatouages pour éviter l’apocalypse et les réflexions type « ça fait mauvais genre » , au lieu de susciter l’intérêt de leur signification toute particulière. Je déteste éviter soigneusement les détails de ma vie privé, des artistes que j’écoute, de mon projet musical, de mes copines féministe, dont certaine se déshabille sur scène, et de devoir tout border, jusqu’à l’âge de mon compagnon, qui pourrait donner une crise cardiaque à une partie de la famille, bien que l’autre moitié l’ai rencontré et trouvé super, je déteste tout ça, et je m’y plie religieusement pour éviter de voir renaître une situation qui m’a encore plus peiné toute ma vie: l’absence inconsolable et irremplaçable de cette partie de ma famille.

Avec ma psy, nous avons abordés, pas plus tard qu’en début de semaine, la question de ma profonde adaptabilité auprès des gens que j’aime (toutes personnes confondus), jusqu’à oublier mes besoins primaire, de peur d’être rejetée. C’est une prise de conscience importante tout ça.

Aujourd’hui, quand je vois le paradoxe dont ma vie est faite: une famille traditionnel et musulmane dont pourtant ma belle mère psy se forme actuellement à la sexothérapie, versus mes projets artistiques autours du body positivisme, de la sexualité libre, l’idée de poser nue pour s’accepter, mes positions féministes, ouverte, que je résume en « humaniste », en gros ce qui fait de moi une bobo de presque 30 ans totalement ou presque parisienne et influencée par le milieu underground dans lequel elle évolue, je me retrouve à m’interroger sur une chose qui me semble invraisemblable et injuste:

Pourquoi doit-on, tout au plus, être, disons 12% de notre personnalité profonde, lorsque l’on souhaite être accepté au sein de sa famille?

Illustration: Margaux Motin (qui représente sans doute la vision indécente que j’ai provoqué dans mes baskets)

Ps: je remercie Constance et mon mec de m’avoir convaincu de publier cet article. <3

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6 Comments

  • Reply
    Lucile
    7 janvier 2017 at 12 h 29 min

    🙁 c’est tellement dommage de ne pas pouvoir etre soi même auprès de sa famille.. . Je ne sais pas trop quoi dire j’ai ma chance d’avoir une famille adorable, bien sur parfois on est pas d’accord mais je sais que je peux tout dire, tout montrer. Bon courage en tous cas, je pense que dans ce cas il faut apprendre a prendre le bon. Faut pas se laisser marcher sur les pieds non plus .. (ok mon com est trop utile haha bon ta psy est surement de meilleur conseil anyway)

    • Reply
      Rachel Saddedine
      12 janvier 2017 at 17 h 45 min

      La compassion et la bienveillance ne sont jamais inutile 🙂 Je suis contente que dans certains cercles/certaines familles les choses soient plus facile car j’espère à mon tour créer un cocon où laisser libre mes « futurs » potentiels enfants 🙂

  • Reply
    Aly
    7 janvier 2017 at 17 h 40 min

    Pour le coup de mon côté c’est plus oublier mes besoins primaires de peur de blesser et de devoir rentrer dans une série d’explications et de remises en question tout à fait inutile et fatigante… Mais j’impose de plus en plus les 88% qu’il reste de ma personnalité à ma famille. Même si tu as raison, mieux vaut sûrement garder certains détails pour soit.

    Bref je ne suis pas non plus une grande fan des fêtes et c’était cool de lire ton point de vue sur le sujet! On ne change pas sa famille, on apprend à composer avec et à moins prendre à coeur leurs remarques pour continuer à apprécier le peu de moments qu’on a avec eux…

    • Reply
      Rachel Saddedine
      12 janvier 2017 at 17 h 46 min

      Tes besoins primaires? Tu penses à quoi par exemple? 🙂

      Je ne voudrais pas non plus d’une famille où tout le monde est l’ami de tout le monde, les « mères copines » me mettent mal à l’aise, mais trouver des compromis c’est important et plus serein!

  • Reply
    Amélie
    8 janvier 2017 at 14 h 38 min

    Je me retrouve carrément dans ce que tu dis ! C’est dingue comme on cherche toujours l’approbation des siens ! J’ai la trentaine, un mari, un enfant, mais une simple réflexion de mon père peut faire pleurer la gamine de 7 ans qui est en moi et qui se sent abandonnée… Du côté de ma mère pareil, je me surprend à faire le ménage en grandes pompes avant qu’elle passe à la maison, et je trouve ça complètement con, mais je peux pas m’en empêcher… On a tous nos casseroles je crois, plus ou moins lourdes… Mais c’est vrai que pendant les fêtes, tout est un peu décuplé. Mais bon pour l’instant c’est fini, adieu Tata Médisance et Tonton Alcool Mauvais, on se revoit à Noel prochain !

    • Reply
      Rachel Saddedine
      12 janvier 2017 at 17 h 49 min

      Tu m’as fait rire alors pour ça merci!
      J’ai l’impression que tu as envie d’obtenir leur approbation, et j’espère qu’avec le temps tu réussiras à juste être toi, toute entière ( avec ton bordel et tout ça) mais on attends toujours beaucoup de la famille, et c’est une fois par an que tout se complique!

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