Comment j’ai changé radicalement ma consommation


Mon histoire avec le vêtement, c’est que j’ai toujours aimé la mode.

D’ailleurs, en fin de 3éme, je souhaitais me diriger vers un CAP couture, (ce que je n’ai pas fait et qui mériterait un article dédié) et j’ai fini plusieurs années plus tard, par travailler comme photographe-de-mode, et donc à travailler “avec” le vêtement. Le mettre en valeur, raconter une histoire, et soyons pragmatique: le vendre.

J’ai réalisé il y a quelques temps déjà, que mes premières séances photo avec des modèles, je les réalisais en allant en friperie pour trouver des fringues pour les habiller, et c’était… en 2008. D’ailleurs si on regarde bien, mon travail de photographe a toujours été teinté de Vintage dans la direction artistique !

Ce qui m’a éloigné de cette bonne habitude? Les stylistes présentes sur mes séances photo qui m’apportaient des pièces de prestigieux bureaux de presse Parisien, et… ASOS.

J’ai toujours porté de la grande taille, je suis restée longtemps à une taille 44, mais quand j’ai été plus proche du 46 m’habiller dans les enseignes de prêt à porter lambda m’est devenu largement plus compliqué, surtout à l’époque, et j’ai commencé à faire les soldes Gare Saint Lazare, à galérer à m’habiller chez H&M, à acheter des vêtements sans grande conviction, et surtout ne porter uniquement que : du noir, du noir, du noir.

 Cette période m’est passée alors que je suis devenue rousse et que j’ai découvert en même temps Asos Curve, les codes promo, la livraison express, et que j’ai acheté quantité de vêtement de toutes les couleurs. J’ai rattrapé avec frénésie mes années de frustration stylistique avec des robes vertes, jaune, des tops en sequin, de la lingerie sexy et quelques collabs avec des e-shops Anglais et américain pour mon blog.

Cette période m’a fait du bien, sur le plan “moral” je pouvais enfin être à l’extérieur ce que j’étais à l’intérieur. Une meuf très colorée. Oui, mais.

Photo d’une séance de 2008 où j’avais chiné les looks et la machine à écrire
Photo d’une séance en 2019, avec une tenue vintage

Prise de conscience et remise en question

En Janvier 2017, j’ai déménagé. J’ai fait mes cartons en 2 matinées et j’ai filé des fringues à l’amie qui m’aidée. J’ai bouclé rapidement cette énorme épine que j’avais dans le pied, et je ne m’en suis pas préoccupée plus que ça. Il y avait bien d’autres choses à gérer.

Puis il a fallu défaire les cartons, et ça a été une autre histoire. Pendant des mois j’ai laissé une partie de mes cartons dans un couloir, parce que je ne savais plus quoi en faire. J’avais cumulé tellement d’affaires dans cet appart pendant presque 6 ans, en mode, mais aussi en beauté et accessoires: 6 brosses ronde, 3 sèches cheveux, des tas de soin pour la peau de marque pas clean, des laques à cheveux, milles rouge à lèvre… je tiens un blog et j’ai reçu des choses lors d’événement Presse, et certains de mes amis sont RP et me filaient des trucs. Pendant 2 ans et demi, j’ai fait l’aller-retour tout les weeks-ends chez mon mec, alors j’achetais tout en double pour me soulager, bref ma salle de bain était complètement blindée, j’avais des commodes qui débordaient et les tiroirs tombaient sous le poids des produits, je me sentais mal.

En parallèle à cela, j’ai commencé à de nouveau chiner des vêtements par hasard en entrant dans une boutique près du métro chez moi, et à trouver ma taille! Peut être que le marché de la seconde main à explosé et que j’y trouvais enfin mon bonheur, peut être que j’ai juste changé de style, mais je trouvais pour 5 euros des robes d’été chez Guérissol, et chez Emmaus, que je visitais au départ plus pour meubler mon appart, mais dans tous les cas, j’ai déniché des pépites. Su-per, mais je n’avais plus de place!

Place à l’action !

Au printemps-été 2018, j’ai littéralement pété un plomb devant tout ce qui m’encombrait, et j’ai décidé de vider mes placards. J’ai passé des journées à photographier mon dressing, à sortir honteuse des dizaines de vêtements avec des étiquettes-jamais-portée, des robes que j’avais mise 2 fois pour une soirée…bref, j’ai passé 10 jours à publier sur Vinted et j’ai envoyé une cinquantaine de colis avec parfois jusqu’à 10 pièces. La cagnotte commençait à atteindre des chiffres que je n’imaginais pas possible, j’ai redoublé d’effort jusqu’à m’acheter un nouvel appareil photo. Je vous laisse imaginer ma joie, tout ce qui trainait faisait des heureuses et je réglais un problème technique de taille, mon 5Dmk2 qui commençait à me faire flipper avait trouvé son successeur, simplement en vidant mes placards, c’était dingue. 

Je me suis évidemment interrogée sur les raisons qui m’avaient fait accumuler tant d’affaire.

Petit instant psychologie de comptoir: j’ai eu une enfance très instable, et sans dire que j’ai “manqué” je peux dire que j’ai véritablement “compté” au début de ma carrière. Quand j’ai commencé à gagner un peu d’argent je crois que j’ai eu besoin de cumuler, d’avoir le choix en somme. Je n’ai jamais souhaité avoir des pièces de Luxe, certains ont ce genre d’approche moi non, mais j’ai dépensé sans trop me rendre compte beaucoup pour compenser des vides, c’est certain, et j’étais entourée de gens qui dépensait encore plus, tellement plus, certaine de mes amies de l’époque avaient les placards qui débordaient et gagnaient beaucoup d’argent qu’elles dépensaient dans du luxe, des ventes privées…

Après ce tri par le vide, j’ai continué à chiner des vêtements et des sacs et surtout, à être véritablement excité par mes trouvailles. C’est quelque chose de très particulier de chiner et découvrir une pièce “unique”, j’avais l’impression de trouver des trésors et je me suis aperçue que c’était des choses que j’avais du mal à vendre. Je me suis complètement désintéressée d’Asos, je n’ai même pas renouvelé ma livraison Prime, et j’ai découvert sur Instagram des tas de compte super cool qui parlent de vintage et de seconde main. 

J’ai ensuite préparé mon déménagement pour Lyon, et j’ai décidé qu’il était in-envisageable que je parte avec ce qui encombrait ma salle de bain, alors qu’en réalité j’avais déjà effectué une transition vers une routine bien plus minimaliste et bio.  J’ai vidé, jeté, donné, et dans ma salle de bain actuel il y a je pense 10 à 15 fois moins que dans la précédente. 

A Lyon, le plaisir de chiner ne m’a pas quitté.

 J’ai fait une dernière chose très importante dans ma transition: j’ai unfollow quelque chose comme 1000 comptes sur Instagram. Et je me suis abonnée aux comptes qui parlent de ce qui m’interessent vraiment.

Ce qui a aussi changé

Cette réflexion a eu un impact sur bien des choses d’ailleurs. Avant de quitter Paris j’ai commencé à chiner de la décoration, à vouloir changer mes meubles Ikea en mauvais état pour des choses unique. Je pense qu’il y a eu à la fois la volonté de consommer mieux, et celle de m’affirmer d’un point de vue esthétique, en même temps. Mon mec d’ailleurs travaille pour un site de vente d’antiquité et d’art contemporain, et nous avons pris ce tournant ensemble, j’ai retourné Leboncoin et Emmaus pour décorer chez nous, c’était assez amusant et inédit pour moi de véritablement “choisir” des meubles. De ne pas me poser la question du pratique et efficace.

D’ailleurs, je tiens à dire que c’est aussi très économique. 

Avec les problèmes de santé que j’ai eu (tendinite à répétition, infiltrations, etc) j’ai du largement réduire mon travail, et j’ai alors forcément gagné moins d’argent. Le fait de chiner m’a permise de continuer à me faire plaisir car mon budget mode/beauté/décoration n’a rien à voir avec ce qu’il a pu être. En brocante on trouve des robes à 3euros, et souvent pour un budget d’une trentaine d’euros, je me trouve des pièces super cool, de la déco et autres babioles, pour le prix d’une robe en solde sur Asos Made In China. J’ai revu mes priorités, tout simplement.

Aujourd’hui, je ne me mets pas de pression particulière. Cet été j’ai été contactée par Pretty Little Things pour une collab’ et je n’ai eu aucun mal à ne pas donner suite. Je m’en fous véritablement. Je n’ai jamais eu véritablement envie de vivre de mon blog, ce qui compte pour moi c’est vraiment avoir la liberté de parler uniquement de ce qui me plait. 

J’ai aussi décidé de ne pas travailler (dans le sens « mon travail de photographe ») avec des marques que je ne trouve pas éthique. Il me semble impossible que les marques remplissent « tout » mes critères éthique ( genre body positif, made in France, inclusif….) donc je reste flexible, mais je ne travaillerais pas pour du e-shop à la chaine made In China, ça c’est certain. J’ai compris que je n’étais véritablement plus à l’aise avec ses propositions et beaucoup plus enthousiaste pour d’autres choses!

Je ne dis pas d’ailleurs que j’ai cessé à 100% la Fast Fashion car je fais une taille 46 et que m’habiller exclusivement en seconde-main n’est pas tout à fait possible (pour les jeans par exemple, ou les chaussures car je fais du 41) J’aimerais me tourner pour le neuf vers des marques plus éthiques mais idem, ce n’est pas vraiment possible: soit la marque ne propose pas du tout ma taille, soit le style ne me plait vraiment pas, soit c’est hors de prix.

Alors je me dis que “c’est okay” tant que je me sens en accord avec moi même. Je cherche toujours en priorité sur Vinted et sinon j’attends un code promo. Parce que oui, acheter des robes à 5euros Made In France, ça fait relativiser très largement les jeans à 60 euros sur Asos. Je crois que tout ce qui compte c’est d’être alignée. Je ne mets aucune pression. Mon objectif est de n’acheter neuf que de manière réfléchie et ce, dans tout les domaines. Je ne ressens aucune pression car je suis très heureuse de ce mode de vie. Peut être que le fait que je ne faisais pas les boutiques “à cause” de ma taille de vêtement facilite ma transition, mais je crois que je me sens vraiment en osmose avec ces choix et mes vêtements « me procurent de la joie” comme dirait Marie Kondo.

@rachelsaddedine

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